C’est une question que je me suis posée il y a quelques temps, après avoir sorti la 1.3 de Freedom Loader. Aujourd’hui, on est en 1.4.6. Que le temps passe vite.

Pourquoi est-ce que Freedom Loader est Open Source ?

Je n’avais pas vraiment de réponse à l’époque. J’étais plutôt du style à dire : “L’Open Source c’est cool, on partage avec les autres.” Mais je me trompais. L’Open Source, c’est bien plus que ça. Et je l’ai compris en lisant le livre de Linus Torvalds : “Il était une fois Linux”.

Ce livre m’a permis de mieux comprendre pourquoi l’Open Source est intéressant pour un projet, et surtout pourquoi il est crucial de préserver ce modèle.

Ce que j’avais compris… et ce que j’avais raté

L’Open Source, c’est certes de la transparence sur le code. C’est aussi un partage de connaissances étendu, avec plus ou moins de restrictions selon les licences que l’on applique : de la MIT, très permissive, à la GPL, qui impose que tout dérivé reste libre.

Dans mon cas, j’avais mis Freedom Loader sous licence Open Source à l’origine pour le simple plaisir de me dire “c’est bien, je suis transparent.” Mais après avoir fini le livre, j’ai affiné ma réflexion et compris pourquoi ce que j’avais fait avait vraiment du sens.

La confiance, ça ne s’achète pas

L’Open Source permet d’attirer des contributions externes sur un projet, de le faire évoluer de façon communautaire, d’écouter les retours et propositions des utilisateurs et des contributeurs. Mais surtout, il crée quelque chose que l’on ne peut pas acheter : la confiance.

Quand n’importe qui peut lire le code source, auditer ce que le logiciel fait réellement, il n’y a plus de zone d’ombre. C’est particulièrement important pour un outil comme Freedom Loader, où les utilisateurs ont besoin de savoir exactement ce qui tourne sur leur machine. Un logiciel fermé vous demande de lui faire confiance. Un logiciel open source vous donne les moyens de vérifier.

Ce qui arrive quand un projet perd son mainteneur

C’est là où ça devient vraiment intéressant : c’est une leçon que la communauté Linux a apprise à ses dépens, ou plutôt, qu’elle a anticipée.

En février 2026, à l’occasion de la sortie de Linux 7.0 RC1, Linus Torvalds a plaisanté publiquement sur sa propre succession : disant que ce serait le problème d’un successeur “plus compétent qui n’a pas peur des chiffres au-delà de la dizaine”. Derrière l’humour, il y a une réalité concrète : la communauté Linux a formellement adopté son tout premier plan de succession, plus de 34 ans après le lancement du noyau. Ce plan aurait émergé après une discussion sur, je cite, “notre marche inéluctable vers la mort”. Linus, 56 ans, est depuis 1991 le point central autour duquel gravitent toutes les décisions du noyau. La communauté a simplement pris acte que personne n’est éternel, et qu’un projet de cette envergure ne peut pas reposer indéfiniment sur une seule personne : aussi compétente soit-elle.

C’est exactement ce que l’Open Source permet, et que le logiciel propriétaire ne peut pas garantir. Si demain je m’arrête, si je passe à autre chose ou si la vie prend le dessus, Freedom Loader ne meurt pas avec moi. N’importe qui peut forker le dépôt, le maintenir, le faire vivre. Le code appartient à la communauté autant qu’à moi. C’est une forme de résilience structurelle qu’aucun modèle fermé ne peut offrir.

Une philosophie, pas juste un modèle

L’Open Source, c’est aussi une philosophie. Celle de construire ensemble plutôt que seul dans son coin, de donner autant qu’on reçoit : parce qu’on a tous appris à coder grâce à des ressources que d’autres ont partagées librement avant nous. Les bibliothèques qu’on utilise, la documentation qu’on consulte, les exemples qu’on copie-colle depuis Stack Overflow : tout ça repose sur un écosystème de partage.

Ne pas contribuer à cet écosystème, c’est en profiter sans rien rendre. Mettre Freedom Loader en Open Source, c’est ma façon de participer à la chaîne.

Alors, pourquoi Freedom Loader est Open Source ?

Pas juste parce que “c’est cool”. L’Open Source, c’est avant tout de la transmission : transmettre ce qu’on sait, ce qu’on a construit, ce qu’on a appris en chemin. C’est s’assurer que le travail ne disparaît pas avec son auteur, que le projet continue d’exister et d’évoluer même quand on n’est plus là pour le porter. C’est cette continuité qui donne du sens à ce qu’on fait : on ne code pas juste pour aujourd’hui, on code pour que ça serve encore demain. La confiance et les contributions externes, elles viennent naturellement après : ce sont des conséquences, pas des objectifs.

Linus Torvalds n’a pas créé Linux tout seul. Il a créé les conditions pour que Linux puisse être créé ensemble. C’est ça, l’Open Source.